Le Maroc vient de franchir un cap historique dans la gestion de ses ressources hydriques. Un nouveau décret publié au Bulletin officiel met fin à plus d'un siècle de statu quo en remplaçant la législation coloniale de 1922 par un cadre réglementaire ultra-moderne. Face à une sécheresse structurelle et à la surexploitation des milieux aquatiques, le Royaume serre la vis autour de la pêche dans les oueds, les lacs et les barrages.
Voici les grands axes de cette réforme stratégique à retenir pour vos lecteurs.
1. Des permis biométriques et segmentés
Fini le permis unique et générique. L'accès aux ressources continentales est désormais sectorisé pour s'adapter à la fragilité de chaque écosystème :
Permis "Salmonidés" : Une protection maximale pour les zones abritant des espèces sensibles comme la truite.
Permis "Plans d'eau ouverts" : Pour la pêche courante et les grands bassins.
Permis "Aquaculture" : Dédié à la production et à l'exploitation commerciale.
Permis "Jeunes" : Un statut spécial pour les moins de 18 ans afin de favoriser l'apprentissage et la sensibilisation dès le plus jeune âge.
2. Cap sur le "No-Kill" et le tourisme durable
La pêche en eau douce n'est plus vue comme une simple activité de subsistance, mais comme un levier économique majeur qui doit devenir écoresponsable :
Généralisation du "No-Kill" : Le texte encourage massivement la pêche sportive où le poisson est relâché immédiatement après sa capture.
Encadrement touristique : Les organisateurs de circuits de pêche autour des barrages devront respecter un cahier des charges très strict dicté par l'Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF).
Chasse à l'informel : L'octroi des concessions d'exploitation commerciale passera désormais par des appels d'offres rigoureux pour des durées de 3 à 5 ans.
3. Protection de la biodiversité contre les "espèces invasives"
Avec la baisse critique du niveau des barrages, l'équilibre biologique est devenu extrêmement fragile. Le décret verrouille deux aspects majeurs :
Zéro introduction sauvage : Interdiction stricte d’introduire de nouvelles espèces de poissons exotiques sans autorisation et étude d'impact, pour éviter la destruction des espèces locales.
Contrôle de la science : Même la pêche à but scientifique est désormais soumise à l'aval direct du Directeur général de l'ANEF pour prouver son innocuité sur le milieu.
4. Création des "Gardes-pêche bénévoles"
C'est la grande nouveauté participative de ce texte. Pour pallier le manque de contrôleurs sur les milliers de kilomètres de cours d'eau du pays, l'État fait appel aux citoyens et aux passionnés.
Le statut de Garde-pêche bénévole : Matérialisé par une carte officielle valable 3 ans (renouvelable), il permet à des volontaires accrédités de patrouiller et de signaler directement les infractions. Bien sûr, toute personne ayant un antécédent de braconnage ou d'infraction environnementale en est strictement exclue.
Ce que cela change pour l'avenir
Bien que ce texte soit avant tout procédural (il ne crée pas de nouvelles réserves ni de nouveaux quotas de manière directe et s'appuie toujours sur les sanctions de base du texte de 1922 pour l'usage d'explosifs ou de poisons), il marque un tournant psychologique.
Au Maroc, l'eau douce n'est plus seulement une ressource de loisir : c'est un patrimoine écologique national placé sous haute surveillance.
