C'est le séisme politique de l'année au Sénégal, mon pote. Le président Bassirou Diomaye Faye vient de lourder son Premier ministre, son mentor, son gars sûr de toujours : Ousmane Sonko. Fin du game pour le duo qui avait mis à l'amende le régime de Macky Sall en moins de deux ans. On est passé de la photo de famille des "frères de combat" à une guerre de tranchées pour savoir qui a la plus grande légitimité dans l'État.
Vendredi soir, Faye a sorti le lance-flammes : il a dissous tout le gouvernement. Autant te dire que la machine était trop pétée pour être réparée. Les mecs se prenaient la tête depuis des mois sur les dossiers chauds : le programme du FMI, la gestion des dettes et le leadership du parti au pouvoir, le PASTEF.
C’est un bordel monstre à Dakar. D'un côté, t'as Faye, le président, qui a pour lui la légitimité de la Constitution. De l'autre, t'as Sonko, le daron du mouvement, qui a le peuple, les jeunes et les rageux de son côté. Le point de non-retour ? Quelques heures avant de se faire brancher, Sonko est allé dead ça devant l'Assemblée nationale en balançant en direct que le président avait fait une boulette sur l'histoire des fonds secrets. Tu touches pas aux engagements historiques du parti depuis 2014 sans que ça canarde en coulisses.
Le clash des mentalités : La sagesse contre le rentre-dedans
Au fond, c'est l'histoire de deux mecs qui ne captent plus la vie de la même façon :
La team Faye : En mode gestionnaire, calme, diplomate. Le mec veut rassurer les investisseurs et garder le pays stable, surtout que l'Afrique de l'Ouest, c'est devenu un sacré coupe-gorge en ce moment.
La team Sonko : En mode rupture totale, révolutionnaire de la première heure. Audit des contrats de pétrole et de gaz, chasse aux sorcières chez les vieilles élites... Bref, le mec veut tout retourner.
Le problème, c'est que l'économie du pays est en PLS. Ils ont découvert des dettes cachées de l'ancien régime, et le FMI a bloqué un virement de $1,8 milliard. Faye et son ministre des Finances voulaient faire les canards et négocier gentiment pour sauver les meubles. Sonko, lui, a dit : "Niet, on s'écrase pas devant leurs conditions de ouf, on gère solo." Même le politologue Mamadou Sy Albert et le journaliste Assane Samb l'avaient vu venir : la collision était écrite, personne ne voulait porter le chapeau, mais c’était devenu impossible de cohabiter dans le même lit.
L'axe Dakar-Rabat : Le thermomètre de la discorde
Attention, l'axe Dakar-Rabat n'est pas la cause directe du divorce, mais c'est le parfait exemple du décalage entre les deux bonhommes.
Pourtant, Sonko n'a jamais boycotté le Maroc. Il est même monté à Rabat pour signer 17 accords de coopération de dingue (ports, finance, tech, santé) avec Aziz Akhannouch. Ça s'est passé juste après le gros bad buzz de la Coupe d'Afrique en janvier, où les supporters des deux camps s'insultaient sur les réseaux. C'était le test ultime pour voir si la diplomatie pouvait éteindre le feu du ballon rond.
Sauf que c'est là qu'on a vu la différence de flow :
Faye félicitait le Roi Mohammed VI pour l'organisation de la CAN.
Sonko, pendant une conf' avec Pascal Boniface, a sorti une phrase sur les "55 États africains" qui a fait grincer des dents à Rabat, vu que le Sénégal a un consulat dans les provinces du Sud et soutient l'intégrité territoriale du Maroc.
Même si Sonko a joué les pompiers de service en disant que sa visite à Rabat était prévue de longue date et que les liens historiques et spirituels (notamment la Tidjaniya) étaient plus forts que le foot, le naturel est vite revenu au galop.
| Vision de Faye (Présidence) | Vision de Sonko (Ex-Primature) |
| Diplomatie tranquille et rassurante | Discours souverainiste à haute voix |
| Respect des partenaires traditionnels | Rééquilibrage des contrats économiques |
| Gestion graduelle de la transition | Rupture immédiate et sans concession |
Entre business, flag et tacles à l'Assemblée
Sonko kiffait la diplomatie, mais version "gagnant-gagnant" sans concession. Il a carrément dit à Akhannouch qu'il y avait des couacs économiques à corriger, que les boîtes marocaines se gavaient au Sénégal mais que l'inverse n'était pas vrai. Pour lui, la souveraineté, c'est sortir des discours symboliques pour compter les sous.
Le vrai coup d'éclat a eu lieu à l'Assemblée nationale après l'arrestation de supporters sénégalais au Maroc pendant la CAN. Sonko a pété un câble en direct, balançant que l'affaire dépassait le sport et que ça ne faisait pas honneur aux relations entre les deux pays. Il a posé un ultimatum au Maroc : soit le Roi sort une grâce royale, soit on applique l'accord de transfert pour qu'ils purgent leur peine au pays.
Rabat a fait la sourde oreille pour ne pas alimenter le buzz, pendant que Sonko faisait son show pour exciter sa base électorale tout en rappelant, en mode hypocrite, qu'il respectait la justice marocaine. Un grand écart digne du Cirque du Soleil entre populisme pour les jeunes du pays et pragmatisme régional.
Et maintenant, on fait quoi ?
Comme le dit Maurice Soudieck Dione, expert en relations internationales, résumer ce clash à l'histoire du Maroc, c'est un calcul de CM1. C'est juste le terrain où leurs visions du monde se sont percutées à 200 km/h. Faye voulait rassurer le game international en mode président sérieux, Sonko voulait imposer son timing et sa punchline.
Maintenant que Sonko est sur la touche, Rabat va continuer à bosser avec l'État sénégalais de manière institutionnelle, parce que les affaires tournent depuis la nuit des temps. Reste à savoir si les 17 accords signés vont finir à la poubelle ou si Faye va reprendre les dossiers avec un style un peu plus feutré. Une chose est sûre : le feuilleton de Dakar ne fait que commencer.
